Fabienne MASSIANI-LEBAHAR

 

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Il est de ces personnages inconnus qui fascinent. Tout comme ce quidam d’un autre âge, ce « petit curieux » prêt à se plier en quatre pour mieux voir, pour que rien ne lui échappe de la facture d’un objet. Il incarne cette curiosité contagieuse, ce désir de ne rien perdre d’une réalité accessible ; d’un petit morceau du monde, offert, bien à sa portée. 

Il est immortalisé là, dans les salles d’expositions et les réserves d’un grand musée parisien. Peut-être s’appelait-il Maurice, Léon, Emile ou Joseph, comme beaucoup d’autres de sa génération. Il est un peu raide, assez bien mis ; on l’imagine plutôt bourgeois, mais d’origine modeste, car il n’a pas l’air du tout blasé, et qu’il n’affiche aucune réserve. 

Je choisis « Emile ».

Qu’aura-t-il retenu de sa visite ? Je veux bien croire qu’il ait pu dépasser le stade de la simple observation, et qu’à partir de ces pièces alignées, il eut l’envie de sortir, de voir tout ce qui peut s’y rapporter, qu’il eut cet irréfrénable désir de tout connaître …de tout sublimer. 

Retenons la leçon qu’il nous donne : il faut savoir regarder, ne pas craindre de percer le mystère de ce qui nous entoure. Savoir aussi s’impliquer, à l’heure où le monde peut déverser de mauvaises nouvelles.

Puisse ainsi Emile, en sortant, avoir entendu la rumeur de la ville. On est en 1936, en plein Front Populaire, trois ans avant la déclaration de guerre.